Excursions d’une journée
Après une couple d’heures de route de Moncton, vous pourrez voir des sites parmi les plus fascinants et participer à des activités exaltantes uniques. Demeurez à Moncton, explorez la région et revenez-nous chaque soir pour savourer pleinement notre hospitalité de classe mondiale. Nous vous traiterons aux petits oignons.
Visite de Moncton
« L'église indienne » de Beaumont
Le contraste des dunes
Des routes qui épousent le détroit
ÉCONOMUSÉE
Visite de Moncton
Moncton s’étend le long de la rivière Petitcodiac en direction est-ouest. Ses trois rues principales suivent plus ou moins la même direction. Cette visite en voiture s’intéresse à quelques-uns des points saillants qui les bordent.
Lorsqu’on emprunte la rue Main, en partant de Dieppe, le pont du ruisseau Halls marque l’entrée dans la partie la plus ancienne de Moncton. Le long de la rive s’alignaient, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, nombre de quais, à partir du ruisseau et bien au-delà du parc du Mascaret. Les vieux de la vieille se rappellent encore des goélettes et des bateaux de marchandise qui accostaient ici pour y décharger des barils de mélasse en provenance des Antilles, ainsi que du charbon et d’autres produits. Cette marchandise était ensuite tirée par des chevaux jusqu’aux entrepôts en briques des grossistes les plus proches.
À l’époque, les communications se faisaient majoritairement par la voie des eaux. En outre, une entreprise de Moncton faisait coïncider ses ventes annuelles aux marées, de façon à ce que les consommateurs en aval de la rivière puissent venir en ville grâce à la marée montante, puis repartir en suivant le courant, à marée descendante.
Toujours en direction ouest sur la rue Main, vous passerez devant certains des édifices commerciaux datant de cette période. Curieusement, le côté nord de la rue semble s’être montré plus clément avec le patrimoine, la majorité des édifices du côté sud n’étant plus que souvenirs. Le Merchants Bank Building, élégante structure de grès brun située en face de l’Hôtel Delta Beauséjour, est digne d’intérêt. Comme beaucoup d’autres vieux édifices, c’est avec le grès brun local qu’on a bâti cet édifice. Il s’agit donc d’un vestige important de l’industrie des carrières, jadis florissante dans la région. La majorité des industries, dont la construction navale, les scieries et les fonderies, se trouvaient entre la rue Main et la rivière. Le nom des rues Foundry et Mechanic datent de cette époque.
Vous arriverez ensuite à un autre point caractéristique de Moncton : le passage de la voie ferrée, aussi appelé « viaduc » par les résidants, nom qui rend parfois les visiteurs perplexes. Cette construction est tellement basse que, trois ou quatre fois par an, des camions de transport imprudents ne réussissent pas à le franchir.
En direction ouest, encore sur la rue Main, vous passerez devant l’Hôtel Crowne Plaza et l’imposant « ancien » bureau de poste de style « gothique stalinien », hébergeant aujourd’hui des bureaux gouvernementaux, puis devant le centre commercial Highfield Square. Prenez à droite, sur la rue Cameron; traversez la rue St. George, la deuxième artère principale d’est en ouest, ce qui vous amènera dans le secteur résidentiel plus ancien du parc Victoria, un petit espace vert du centre-ville donné à la Ville de Moncton par un homme d’affaires local à la fin du XIXe siècle. À partir d'ici, tournez à gauche sur la rue John et à gauche à nouveau sur le boulevard Vaughan Harvey, suivi d'un virage à droite vers la rue Main. Ceci vous conduira au lac Jones.
Le lac Jones, lac artificiel de près d’un kilomètre de long suivant la rue Main, après le centre commercial Highfield Square, délimite le « Vieux-Moncton ». Si vous passez par là au printemps, soyez prudent, car des cannes traversent parfois la rue Main, leurs petits les suivant à la queue leu leu. Après ces terrains vagues de la voie ferrée et les installations industrielles à gauche. On la voit, encore debout au milieu de cette aire ouverte, en retrait de la rue. On raconte une histoire amusante au sujet de cette compagnie, autrefois un employeur important à Moncton. Selon cette histoire, Swifts aurait un jour payé tous ses employés en billets de deux dollars de façon à ce que les épiciers et les marchands remarquent à quel point l’entreprise contribuait à l’économie locale, ceux-ci se faisant payer par une véritable flopée de billets de deux dollars.
Vous arriverez ensuite au rond-point du pont-jetée, vous permettant de vous rendre à Riverview, sur l’autre rive de la Petitcodiac. Prenez la première sortie à droite du rond-point, puis prenez encore à droite sur la rue St. George, qui vous mènera vers l’est, donc qui vous ramènera au centre-ville. Vous passerez devant le parc du Centenaire, à votre gauche. Cet espace vert propose divers sentiers en forêt. La vieille locomotive à vapeur no 5270 est stationnée à l’entrée du parc et témoigne de l’héritage ferroviaire de Moncton, dû au chemin de fer Intercolonial et au Canadien national. La partie de la rue St. George juste après le parc du Centenaire est appelée le Golden Mile, l’une des premières concentrations commerciales qui ne soit pas centrale.
Après l’intersection importante, où le boulevard Vaughan-Harvey et la rue St. George se rencontrent, vous êtes de nouveau dans le « Vieux-Moncton ». La partie que vous venez de voir correspond plus ou moins à la deuxième route commerciale en importance à Moncton. La cathédrale l’Assomption, édifice massif, a été construite dans les années 40 et est un incontournable à Moncton. En face, au 199, rue St. George, une ancienne caserne de pompiers. Un peu plus loin, de l’autre côté de la voie ferrée, au coin des rues Botsford et St. George, se trouve l’ancienne école Aberdeen, aujourd’hui un centre culturel florissant hébergeant des galeries, un théâtre, sans oublier des ateliers d’artistes et d’artisans.
Un peu plus loin, la rue St. George rencontre la rue King, qui devient par la suite le chemin Mountain, la troisième artère d’importance d’est en ouest. Prenez à gauche sur la rue King, qui vous mènera au Musée de Moncton. La façade de celui-ci est en fait l’entrée reconstruite de l’ancien hôtel de ville, qui se trouvait auparavant au centre-ville, aux environs du complexe Hôtel Delta Beauséjour/Place Assomption. Le Temple Libre, adjacent au musée, a été soigneusement entretenu. Cette propriété construite en 1821 aurait été bâtie pour offrir aux travailleurs des chantiers navals un lieu de rencontre plus salubre que les tavernes, qui étaient jusqu’alors au cœur de leurs divertissements. Au fil des ans, cet édifice est devenu un lieu de prière multiconfessionnel et a également été utilisé à d’autres fins.
Voilà! Vous êtes presque de retour à votre point de départ.
« L’église indienne » de Beaumont
Quand j’étais petite, les gens du coin parlaient de « l’église indienne ». Mais, en fait, son véritable nom c’est la chapelle Sainte-Anne, et la route qu’il faut emprunter pour s’y rendre à partir de Moncton est l’une des plus belles de la région, peu importe la saison.
Du centre-ville de Moncton, roulez en direction est sur la rue Main. Vous passerez devant le Château Moncton, à votre droite, et la Place Champlain, le centre commercial à votre gauche. Tournez à droite à la deuxième intersection. Vous êtes maintenant sur la route provinciale 106. Parcourez 8 km environ, puis tournez à droite sur le chemin Dover, c’est-à-dire la route 925, et ne la quittez plus. À ce point, il ne reste que 20 km environ à faire pour se rendre à Beaumont.
Cette région a de profondes racines acadiennes. Toutefois, juste quand la route descend avant de devenir plane, vous verrez sur les boîtes aux lettres des noms d’origine anglaise, comme « Steeve », typiques du comté d’Albert. On ne peut plus anglais, le comté d’Albert est directement en face, de l’autre côté de la rivière. Cette petite enclave anglaise témoigne donc d’une époque où les communications se faisaient par voie d’eau.
Dans Belliveau Village, en route vers Beaumont, vous ne pourrez rater le verger Belliveau, sur les collines donnant sur l’ouest. Présent depuis 80 ans, il est le résultat d’un microclimat particulièrement favorable. « Le printemps arrive tôt ici, affirme Robert Bourgeois, copropriétaire. Et le froid ne se manifeste qu’à la fin de l’automne. C’est complètement le contraire à peine 8 km plus loin. » De plus, dans Belliveau Village, prêtez attention au chemin qui mène au quai. Presque abandonné et en décrépitude, cette structure imposante voyait jadis arriver et partir un nombre considérable de pêcheurs d’alose et de saumon. On ne peut se rendre sur le quai en voiture, mais on peut le faire à pied. À marée basse, vous voyez le fond boueux de la rivière de haut, tandis qu’à marée haute, les eaux submergent presque le quai.
En raison de son emplacement stratégique au bout du cap, Beaumont aurait été un campement autochtone avant l’arrivée des premiers colons européens. Toutefois, des fouilles archéologiques effectuées de 1992 à 1994 pour la réserve de fort Folly n’ont pas permis de confirmer cette hypothèse. Il n’en demeure pas moins que, au milieu du XIXe siècle, les environs de Memramcook comptaient l’une des plus importantes populations autochtones de la région; en 1840, le gouvernement néo-brunswickois faisait l’acquisition de quelque 60 acres de terre à Beaumont pour remplacer l’ancien campement autochtone à proximité de Dorchester, détenu par « les magistrats du comté de Westmorland », et placé en fiducie, au nom des Mi’kmaq.
La chapelle a été construite en 1842, soit entièrement par les Autochtones ou encore par les Acadiens et les Autochtones. La chapelle Sainte-Anne est donc la première chapelle bâtie par le peuple Mi'kmaq au Nouveau-Brunswick et a été déclarée site historique en 1989. L'entrepreneur était Hilaire-Louis Arsenault, qui a construit plusieurs églises au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, tandis que l’autel serait une œuvre de Thomas Berlinguet (1790-1863), « sculpteur et architecte bien connu à qui l’on doit l’Assemblée nationale, à Québec, et l’église Saint-Thomas, à Saint-Joseph ».
Les Mi’kmaq et les Acadiens vivaient ensemble dans la petite réserve, et fréquentaient la petite école de Beaumont, dont les fondations ont été repérées et fouillées pendant les recherches archéologiques mentionnées précédemment.
En 1881, la population de la réserve était évaluée à 40 personnes, vivant dans « quatre cabanes en bois rond et dix wigwams ». Mais la terre y était rocailleuse et de relief accidenté, donc peu propice à la culture. Tout le bois y avait déjà été bûché et, au tournant du siècle, l’industrie locale des carrières avait pratiquement cessé ses activités. En marge de votre périple, vous pouvez monter un peu vers la chapelle en voiture et tourner à gauche juste avant celle-ci. Vous arriverez à la carrière Boudreau, dont le grès olivâtre était extrait en très grandes quantités pour ensuite être exporté vers les États-Unis entre 1850 et 1880. Le Dakota Building, à New York, devant lequel on a tiré sur John Lennon, comprend des pierres de cette carrière, tout comme six miles (environ 10 km) de trottoirs à Central Park, décorés de cette même pierre. De plus, quelque cent mètres après la chapelle, tout de suite sur le côté droit du chemin de terre, vous verrez une fosse profonde remplie d’eau. Ici, des disques de pierre (utilisés pour défibrer les billes de bois, donc en faire de la pulpe de pâte à papier) et d’autres meules étaient extraits.
L’agriculture n’étant pas possible sans bois, et les possibilités d’emplois dans d’autres secteurs diminuant, les gens ont graduellement quitté Beaumont. En 1913, seulement trois ou quatre familles étaient encore là. L’école de Beaumont a fermé ses portes en 1937, son bureau de poste en 1953; dès 1955, la dernière famille avait abandonné le village.
Les Mi’kmaq du fort Folly sont retournés dans les environs de Dorchester. Dès la fin des années 30, ils ont demandé au gouvernement fédéral de vendre la propriété de Beaumont et d’utiliser les revenus pour établir une réserve plus près de Dorchester. Cette demande a engendré une correspondance de 40 ans. Une des difficultés par rapport à cette demande a été de déterminer qui exactement était propriétaire des terres de Beaumont. Celles-ci appartenant par ordre notarié aux « magistrats du comté de Westmorland et à leurs successeurs », personne ne savait exactement, quelque 100 ans plus tard, qui étaient véritablement ces successeurs. Ainsi, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annulé la fiducie d’origine de 1844, mais il semble encore planer quelques doutes sur ses compétences en la matière.
La petite « église indienne » surplombant la rivière a pendant ce temps connu un renouveau, devenant un attrait historique et un site d’intérêt pour les gens qui se promènent à la campagne en voiture. Juste avant d’arriver à la chapelle, prenez la route qui monte vers la carrière Boudreau et continuez. Vous traverserez la péninsule et aboutirez à Cormier Cove, une autre promenade agréable, cette fois le long de la rivière Memramcook.
Le contraste des dunes
Les dunes naturelles et aménagées de la côte acadienne
On pourrait dire que Moncton se trouve à la jonction de deux types de relief très différents. En fait, il serait préférable de parler de paysages maritimes.
Au nord, le golfe du St-Laurent, masse d’eau peu profonde aux marées de faible amplitude, est partiellement coupé de l’océan par l’Île-du-Prince-Édouard, qui, soit dit en passant, n’est véritablement une île que depuis quelques milliers d’années seulement, ce qui est très récent d’un point de vue géologique. Au sud, la baie de Fundy, une masse d’eau présente des conditions bien différentes. Les marées y sont de 40 à 50 pieds (environ de 12 à 15 m) de haut, 2 fois par jour.
À chaque marée, le déplacement d’eau équivaut à la décharge quotidienne totale de toutes les rivières du monde, soit environ 100 kilomètres cubes d’eau. C’est d’ailleurs en raison de cette puissante action d’érosion que la baie de Fundy est dentelée de falaises, tandis que le golfe du St-Laurent est caractérisé par de longues plages et dunes de sable.
La Dune de Bouctouche est un de ces systèmes dunaires. L’intervention humaine en a toutefois fait un site particulier; cette dune a en quelque sorte été « découverte ». D’une longueur de 12 kilomètres, cette pince géante, faite de sable et d’élyme des sables, s’étend vers le sud, directement dans la baie de Bouctouche. Sa forme indique que le courant dominant vient du nord, entraînant le sable avec lui. C’est l’effet du courant de dérive littorale. L’extrémité de la dune est donc recourbée vers l’intérieur, où le courant tourbillonne dans la baie.
Il y a 15 ans, la dune était là, immense et mystérieuse. On stationnait sa voiture au point d’accès, rien de plus. Mais la présence d’une espèce rare, le pluvier siffleur, en a fait un site plus remarqué. Aujourd’hui, un centre d’interprétation vous y accueille et des trottoirs en planches serpentent le sable. Au centre, vous pouvez en apprendre davantage sur cet écosystème. On y montre même un nid d’hirondelles de rivage, filmé en direct (en saison, selon la disponibilité des vedettes).
Aujourd’hui, quelque 1 000 personnes visitent chaque jour la dune en été, nombre qui double et même triple pendant les fins de semaine, ce qui est bien différent de l’époque où il s’agissait d’un site naturel peu fréquenté. Pourtant, malgré les trottoirs et le développement l’entourant, la dune est en constante évolution, façonnée par le vent et les vagues, ses créateurs. Récemment, une tempête hivernale a transporté ailleurs une partie considérable du trottoir, ce qui prouve la présence constante d’un rapport de force entre l’humain et la nature, celle-ci prenant souvent le dessus.
Pour vous rendre à la dune, prenez la route provinciale 134, c’est-à-dire la « vieille route » qui part de Moncton en direction nord, ou encore l’autoroute 11, la « nouvelle route ». Bouctouche et sa dune vous attendent à environ 45 km de Moncton. Si une promenade plus pittoresque vous intéresse, quittez l’autoroute et suivez les petites routes littorales qui longent la côte, traversant une multitude de petits villages de pêcheurs comme Grande-Digue, Cap-des-Caissie, Cocagne et Cormierville, des noms qui se récitent comme une douce litanie acadienne.
Vous êtes en terre acadienne, habitée par les descendants des colons acadiens qui ont été expulsés de Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick en 1755, et qui sont graduellement revenus. Leur odyssée, ainsi que la vie traditionnelle acadienne, sont à l’honneur au parc thématique du Pays de La Sagouine, à Bouctouche. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, la Sagouine est un personnage sorti de l’imaginaire d’Antonine Maillet, auteure et dramaturge à qui l’on doit l’histoire primée de cette femme de ménage acadienne. La Sagouine donc, transmet dans son « pays » ses commentaires mordants et pleins d’esprit sur sa vie et celle de ses voisins dans un dialecte propre aux Acadiens. Le site culturel acadien propose en outre un aperçu de la joie de vivre des acadiens, ainsi que de la musique, des pièces de théâtre acadiennes et des reconstitutions.
Maintenant, entrez dans un tout autre univers. Poursuivez votre chemin en suivant les routes qui longent la côte (les routes 475 et 505) sur environ 20 km après Bouctouche. Vous arriverez ainsi à la dune de Cap-Lumière. La scène que vous aurez devant vous fera un contraste frappant avec les trottoirs de Bouctouche. Là, vous n’y verrez presque personne. C’est un peu comme la dune de Bouctouche « au naturel ». Vous pouvez également prendre la sortie 42, à Sainte-Anne-de-Kent, sur l’autoroute 11, la « nouvelle autoroute ». De là, il y a encore 17 km à faire le long de la route 505 pour se rendre à Cap-Lumière. Passez devant le phare et le quai, où la route asphaltée devient une piste sableuse.
Dès vos premiers pas sur la rive, vous aurez l’impression que la dune se prolonge à l’infini, que le temps s’est arrêté. Des canards noirs pataugent souvent à proximité, les goélands patrouillant la côte inlassablement, et les sternes plongeant dans les eaux peu profondes pour s’emparer de leur proie. Seules les vagues et, à l’occasion, un bateau de pêche, brisent le silence. Derrière la dune, on peut voir La Mocaque du Cap, marais au nom étrange qui a probablement permis d’empêcher la prolifération de chalets sur la dune de Cap-Lumière.
Cette plage n’est pas boudée, au contraire. Les empreintes, le bois carbonisé et les quelques débris qu’on y voit le prouvent. Seulement, son utilisation n’a jamais été définie. Personne n’impose sa vision de la dune ou n’essaie de vous apprendre quoi que ce soit. Cette dune, c’est la beauté et le silence à l’état pur, comme l’offrait de nombreuses plages il y a des années, avant de se faire beaucoup plus rares.
Des routes qui épousent le détroit
Le détroit de Northumberland étant moins profond et moins influencé par le mouvement des marées que la baie de Fundy, ses eaux ont le temps de se réchauffer, leur chaleur estivale se faisant sentir jusqu’à l’automne. Le détroit transpire la quiétude, presque l’opulence, ce que la baie de Fundy n’offre malheureusement pas. Colonisées très tôt par les Acadiens, les terres qui bordent le détroit se composent de plages sablonneuses, de chalets et d’exploitations agricoles. Cette visite le long du détroit peut facilement prendre toute une journée. Elle peut même durer deux jours, selon le temps que vous passerez en dehors des routes principales.
Empruntez d’abord la route transcanadienne en direction de Sackville, petite ville universitaire et agricole charmante, presque entourée par le marais de Tantramar, le plus important marais salant endigué en Amérique du Nord. Poursuivez votre route après Sackville (ou traversez la ville, la route vous ramènera directement sur la transcanadienne) et prenez la sortie 550 B, en direction de l’Île-du-Prince-Édouard. Mettez votre compteur à zéro et dirigez-vous vers l’Île.
Après 20 km, tournez à droite sur la route provinciale 970, la « vieille route » menant à Baie Verte et à Port Elgin. Là, au coin, vous verrez la pâtisserie européenne Hans Esser, premier indice de l’importante concentration de nouveaux immigrants allemands. Aussi intriguant que cela puisse paraître, il serait malheureusement trop long d’entrer dans les détails maintenant.
Quand vous lirez 21,8 km au compteur, tournez à droite sur la route provinciale 970 Sud. Vous devrez faire encore 2 km pour arriver à la distillerie artisanale Werner Rosswog. M. Rosswog, un ancien directeur de banque originaire de Baden, en Allemagne, voulait au départ cultiver la terre. Quand cette entreprise s’est avérée infructueuse, il a lancé ce qui, après dix ans, est devenu une distillerie artisanale et une boutique vinicole prospères. Les heures d’ouverture de la boutique sont toujours les mêmes, et il est possible de jeter un coup d’œil à l’ensemble du processus le dimanche après-midi, à 14 h.
Continuez votre route sur la 970 pour vous rendre au charmant petit magasin de campagne, à 28,3 km du départ, puis traversez l’autoroute pour voir le pont voûté en pierre, vestige de la voie ferrée de transbordement, utilisée pour le transport des bateaux par wagon plat sur une ligne à voie double, traversant l’isthme qui sépare la baie de Fundy du détroit. Remarquez la largeur du pont. Maintenant, retournez à l’intersection en « T » de la 970 Sud et de la 970 Nord. Partez en direction Nord. Vous traverserez Baie Verte, une ancienne colonie acadienne. Le patrimoine et les souvenirs émanent du moindre coin de Baie Verte, des vieux magasins et des églises, comme des maisons cachées derrière une haie centenaire dont les arbustes touffus semblent impénétrables.
Baie Verte et Port Elgin étaient intimement liés aux colonies acadiennes de Tantramar grâce à la vieille route française reliant le fort Beauséjour, Baie Verte, et le fort Gaspereau à Port Elgin, où les bateaux d’approvisionnement français en provenance de Louisbourg faisaient escale avant de continuer vers Québec. La rue Fort, à Port Elgin vous y amène, bien qu’il n’y ait pas grand-chose à voir.
La route provinciale 960, que l’on prend de l’autoroute en tournant à droite juste après Port Elgin, épouse la côte et vous mène à Cape Tormentine, l’ancien terminus de traversier très fréquenté. Mais attention, l’autoroute l’est aujourd’hui tout autant. Il y a un centre d’information touristique dans la vieille gare ferroviaire. Vous pouvez vous rendre à pied jusqu’aux quais d’accostage. (À vos risques et périls. On ne vous encourage pas à le faire.) Vous pouvez y pêcher le maquereau vers la fin de l’été en compagnie des gens du coin. Il y a également une belle plage sablonneuse à droite du terminus, et on peut profiter d’une vue exceptionnelle du pont de la Confédération. Au pied du pont se trouve Cape Jourimain, le point de terre le plus proche de l’Île-du-Prince-Édouard, qui deviendra incessamment une réserve naturelle gouvernementale.
À Murray Corner, sur la route provinciale 955, quelques kilomètres après le pont de la Confédération, vous verrez le magasin Johnny Lake, caractérisé par la même simplicité et quiétude que le petit quai à proximité. Vous pouvez y acheter des tubes de cuivre, du café et des flocons de noix de coco, du combustible pour le camping et le nécessaire pour les portes, des trappes à souris, de la crème glacée, du pain et des gants de pêcheurs. Voilà un magasin général qui mérite bien son nom! Il y en a de moins en moins.
Vous arriverez enfin à l’apothéose de l’excursion. Environ 8 km après le magasin Johnny Lake, tournez à droite sur la route d’asphalte rapiécé vers Amos Point.
Les arbustes se serrent le long de la route; on a presque l’impression de se promener dans la brousse. Vous y voilà! Vous êtes au quai d’Amos Point, ce grand inconnu. À cet endroit, la marée se retire par l’estuaire de la Little Shemogue, et vous pouvez voir 30 ou 40 grands hérons, et des aigles à tête blanche à proximité. Une dune de sable s’étirant sur plusieurs kilomètres en travers du chenal, à partir du quai. Des homardiers y sont accostés, et il n’y a habituellement pas âme qui vive dans cet univers marin empreint de quiétude.
De retour sur la route principale, à moins de 2 km de là, un chemin menant à travers bois vous mène au Little Shemogue Inn, une auberge unique en son genre. Un piano crapaud trône dans le foyer; un samovar perse attend sur une table en bois exotique, avec un plateau de Tanzanie encastré fait de métal martelé. Les bras d’un fauteuil en vannerie du sud-est asiatique évoquent des trompes d’éléphant s’étalant gracieusement. Les verres à vin en cristal donnent toute son élégance à la table, des airs classiques jouant en musique de fond et les colibris sondant délicatement les fleurs... Le Little Shemogue Inn nous donne l’impression que les beautés de la civilisation se sont lovées au cœur de l’oasis de sérénité d’Amos Point. Il est exploité par Klaus Sudbrack, un autre immigrant allemand qui a d’abord tenté sa chance en agriculture.
Plus loin, à 4 km de là, le long de la route principale, tournez à droite pour vous balader sur la boucle Johnson's Point, autre péninsule de solitude composée de fermes, de plages et d’estuaires asservis aux marées. Cette boucle, le chemin Johnson's Point, se termine à quelques centaines de mètres de la bretelle de l’autoroute 15, qui vous ramène à Shediac et à la fameuse plage Parlee, capitale du bikini, du volley-ball de plage et de tout ce qui s’y rattache. De Shediac, la deuxième ballade le long de la côte vous mènera aux dunes de Bouctouche et de Cap-Lumière, ainsi qu’au Pays de La Sagouine.





